Unica Zürn, née le à Berlin-Grunewald et morte par suicide le à Paris 20e, est une peintre, dessinatrice, poétesse et écrivaine allemande.
Elle a vécu en Allemagne puis en France, a exposé en France, a écrit plusieurs ouvrages et a côtoyé le groupe surréaliste. Elle est également connue pour avoir été la compagne de son compatriote, artiste lui aussi, Hans Bellmer.
Biographie
En Allemagne
Nora Berta Unica Ruth Zürn est le second enfant de Ralph Zürn, un officier de cavalerie, écrivain et voyageur, et d’Helene Pauline Heerdt, issue d’une famille très fortunée. De ses voyages, son père ramène des objets d’Orient, tels que des Bouddhas indiens, des tapis chinois et des meubles sculptés d’Arabie. Ses parents divorcent en 1930. Sa mère se remarie en 1931 avec Heinrich Doehle (de), un haut dignitaire des régimes allemands sous la constitution de Weimar puis sous le régime nazi.
En 1932, elle quitte le lycée pour des études dans le domaine commercial. Et en 1933, elle travaille comme sténotypiste aux studios de l’Universum Film AG de Berlin puis comme scénariste et autrice de films publicitaires en 1936. Son père meurt en Italie en 1939. En 1942, elle se marie et a deux enfants, Katrine en 1943 et Christian en 1945. En 1949, elle divorce. Ses enfants sont confiés à la garde du père. Elle écrit des récits et nouvelles pour les journaux, des contes radiophoniques, commence à dessiner et fréquente le milieu artistique.
En France (1953-1970)
En 1953, Unica Zürn rencontre le plasticien Hans Bellmer (1902-1975) à l'occasion d'une exposition organisée à Berlin. Elle l'accompagne à Paris. Ils y vivent ensemble dans l'appartement que leur a cédé Christian d'Orgeix au 88, rue Mouffetard.
Hans Bellmer la présente au groupe surréaliste. Elle commence alors ses anagrammes et dessins à l'encre, publiés sous le titre de Hexentexte (Grimoires de sorcière) en 1954 par la galerie Springer à Berlin. Ses premières expositions individuelles sont organisées, à la galerie Le Soleil dans la tête.
En 1957, elle rencontre Henri Michaux, qui lui inspire le personnage de son œuvre L'Homme-Jasmin. Elle consomme avec lui de la mescaline.
En 1958, elle se prête à une séance de bondage réalisée par Hans Bellmer, qui la photographie, nue et liée. Ses photographies sont présentées dans une exposition de Bellmer et l'une d'elles est retenue par André Breton pour la couverture d'une revue consacrée au surréalisme. En 1959, elle participe à l'Exposition internationale du surréalisme, qui se tient à la galerie Daniel Cordier à Paris.
À la suite d'une dépression nerveuse et d'une « crise » schizophrénique, elle effectue un séjour à la clinique de Wittenau. Elle fait alors une première tentative de suicide. Pendant une dizaine d'années, les crises alternent avec des séjours en clinique, à Sainte-Anne à Paris (), à La Rochelle et à l'hôpital Maison-Blanche de Neuilly-sur-Marne (1966, 1969 et 1970). En clinique, elle continue à dessiner à l'encre de Chine et peint.
Entre 1963 et 1965, elle écrit Der Mann im Jasmin (L'Homme-Jasmin), publié en français en 1971 par Gallimard, avec une préface d'André Pieyre de Mandiargues. Le titre complet en français est L'Homme-Jasmin. Impressions d’une malade mentale. L'ouvrage est célébré par Michel Leiris. En 1964, elle expose au Point Cardinal et à Sydow à Francfort.
En 1967, Unica Zürn publie Sombre printemps ainsi que Oracles et spectacles, un recueil de dessins et d'anagrammes. Elle est à nouveau internée à Maison-Blanche. Son état est si critique qu’elle ne peut plus dessiner ni écrire. Au début de l'année 1970, elle est internée une troisième fois à Maison-Blanche. Elle rédige un journal de souvenirs, Crécy, ainsi qu'un Livre de lecture pour enfants.
En , elle écrit une lettre de rupture à Bellmer. Elle achève la rédaction de L'Homme-Jasmin, Vacances à Maison-Blanche et Rencontre avec Hans Bellmer.
Autorisée à sortir de la clinique, elle se rend chez Hans Bellmer le et se suicide en se jetant par la fenêtre de son appartement. Elle est inhumée à Paris au cimetière du Père-Lachaise (9e division). Hans Bellmer est inhumé à son côté en 1975.
Sur un cahier qu’il a offert à Unica Zürn à Sainte-Anne, Henri Michaux a inscrit en dédicace :
Ses écrits en français sont publiés en 2022, sous le titre MistAKE & autres écrits français, par l'éditeur Ypsilon.
Œuvres
Ouvrages illustrés
Hexentexte (Grimoire de sorcière), comprenant 10 dessins et 10 anagrammes, postface de Hans Bellmer, Berlin, galerie Springer, 1954.
Oracles et spectacles, 14 poèmes-anagrammes et 8 eaux-fortes, introduction de Patrick Waldberg, frontispice et post-scriptum de Hans Bellmer, Paris, Georges Visat, 1967.
The House of Illnesses, première publication en allemand, 1977. Traduction anglaise de Malcolm Green, avec des dessins d'Unica Zürn, Londres, Atlas Press, 1993.
Littérature
Œuvres complètes d’Unica Zürn, en 8 volumes, Berlin, Brinkman et Bose, 1988-1999.
L'Homme-Jasmin, traduction Ruth Henry et Robert Valençay, avec une préface d'André Pieyre de Mandiargues, Paris,Gallimard, 1971 ; réédition Paris, Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1999.
Sombre printemps, traduction Ruth Henry et Robert Valençay, Paris, Belfond, 1971. Réédition Paris et Montréal, éditions Écriture, 1997. Ce roman de 80 pages raconte l'histoire d'une enfant en besoin d'amour.
Lettres au Docteur Ferdière, coécrit avec Hans Bellmer, Biarritz, Nouvelles éditions Séguier, 1994.
Vacances à Maison-Blanche, Paris, Joëlle Losfeld, 2003. Derniers écrits et autres inédits, traduction et présentation de Ruth Henry.
MistAKE & autres écrits français, Ypsilon éditeur, 2022.
Dessins
Der Geist aus der Fläsche, plume, encre de Chine, 31,9 × 24,5 cm, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts. Ce dessin est à mettre en relation avec un des poèmes-anagrammes d’Oracle et spectacle, Der Geist aus der Flasche, pour lequel Unica Zürn conçut plus de neuf dessins lors d’un séjour à Pavalas-les-flots en 1960. Elle prend pour point de départ le célèbre conte persan des Mille et une nuits et explore les définitions du mot Geist qui signifie tout à la fois le fantôme et l’esprit. Elle mentionne sa première rencontre en 1957 avec Henri Michaux dont les œuvres furent une grande source d’inspiration pour elle.
Influence et postérité
Dans le film Les Jeux de la comtesse Dolingen de Gratz, de Catherine Binet, Unica Zürn apparaît comme une figure tutélaire et une référence majeure : son évocation revient dans la narration à de multiples reprises, à la manière d’un leitmotiv ou d’une obsession.
Notes et références
Bibliographie
Anouchka D'Anna, Unica Zürn, L'Écriture du vertige, 2010, Éditions Cartouche, 158 p.
Céline Wagner, La trahison du réel, Unica Zürn, portrait d'une schizophrénie, [roman graphique], Éditions La Boîte à Bulles, 2019 (ISBN 978-2849533345).
(de) Eva-Maria Thüne, « Wirst du dein Geheimnis sagen? Intertextuelle und semiotische Bezüge in Anagrammen von Unica Zürn », in Uta Degner et Martina Wörgötter, Hgg., Literarische Geheim- und Privatsprachen. Formen und Funktionen, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2016, pp. 103-124.
(de) Eva-Maria Thüne, « Das Kabinett der Sonnengeflechte. Ein Beispiel von Text- und Bildbeziehung in Unica Zürns Das Haus der Krankheiten », in: Franciszek Grucza, Anne Betten, Alexander Schwarz et Stanislaw Predota, Hgg., Akten des XII. IVG-Kongresses „Vielheit und Einheit der Germanistik weltweit“. Bd. 4. Sprache in der Literatur / Kontakt und Transfer in der Sprach- und Literaturgeschichte des Mittelalters und der Frühen Neuzeit / Die niederländische Sprachwissenschaft - diachronisch und synchronisch, Frankfurt/M. et al. (Peter Lang), 133–138 [Publikationen der IVG; 4], 2012.
(it) Eva-Maria Thüne, Unica Zürn, Due diari. Introduzione e traduzione, Brescia, Edizioni l’Obliquo, 2008.
Françoise Buisson, Portrait d'Unica Zürn, Paris, éd. Le Nouveau Commerce, 1977.
Georgiana Colvile, Scandaleusement d'elles. Trente quatre femmes surréalistes, Paris, Jean-Michel Place, 1999, p. 302 à 313. — Avec une photographie anonyme de l'artiste et la reproduction de cinq peintures sans titres, datées de 1955 à 1968.
Jean-Claude Marceau, Unica Zürn et L'Homme-Jasmin : le dit-schizophrène, L'Harmattan, 2006.
La Femme s'entête/La Part du féminin dans le surréalisme, Paris, Lachenal & Ritter, 1998. — Textes de Jean-François Rabain : « Quelques roses pour Unica Zürn » et Ruth Henry : « Unica Zürn, la femme qui n’était pas la poupée ».
« La Femme surréaliste », Obliques, no 14-15, 1977.
Marc Alyn, Unica Zürn : l'innocente perversité de l'ange, Approches de l'art moderne, Bartillat, 2007.
Marcelle Fonfreide, Approche d'Unica Zürn, éd. Le Nouveau Commerce, supplément au cahier 49, Paris, 1981. — Contient Unica Zürn : « Meine Kindheit ist das Glück meines Lebens » (« Mon enfance est la chance de ma vie »).
Martine Delvaux, « Unica Zürn et un surréalisme affolant », in: Women in French Studies, vol. 3, Fall, 1995.
Perrine Le Querrec, Ruines, Tinbad, 2017, — Poèmes sur Unica Zürn.
Ruth Henry, Rencontre avec Unica, postface de Der Mann im Jasmin, Berlin, 1977. — reprise en postface de Sombre printemps (éd. Rocher/Serpent à plumes, collection Motifs).
(it) Sarah Palermo, « Unica Zürn. Il diario della follia », Art Dossier, no 348, , Florence, Ed. Giunti, pp. 26-31.
(it) Sarah Palermo, « Unica Zürn. I doni della follia », Outsider Art, Art Brut O.O.A., vol.8, Glifo, 2014.
Unica Zürn, La Halle Saint-Pierre, éditions du Panama, 2006.
« Unica Zürn - Sombre automne », art press, no 326, 2006.
Véronique Bergen, Le Cri de la poupée, Al Dante, 2015. — Roman sur Unica Zürn.
Virginie Pouzet, « Unica Zürn, un surréalisme de l'enfance et de la folie », in: Emmanuel Rubio, L'Entrée en surréalisme, Ivry, Phénix édition, Collection des pas perdus, 2004, pp. 231-246 — [PDF] Les Voiles de Salomé en ligne.