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Charlotte Delbo, née le à Vigneux-sur-Seine et morte le à Paris 4e, est une écrivaine française, résistante et rescapée des camps de concentration nazis, dont l'œuvre en est un témoignage à la fois poétique, théâtral et narrativisé.
Issue d'une famille d'immigrés italiens, membre des Jeunesses communistes, elle débute comme assistante du metteur en scène Louis Jouvet et comme rédactrice à la revue communiste Les Cahiers de la jeunesse, dirigée par Paul Nizan et Luc Durtain. Elle s'engage en 1941 dans la Résistance avec son mari Georges Dudach qui sera arrêté avec elle et fusillé au Fort Mont-Valérien en 1942. Charlotte Delbo est déportée à Auschwitz-Birkenau de janvier 1943 à janvier 1944, dans le convoi du 24 janvier 1943 dit « le convoi des 31000 » qui comprend 230 femmes, résistantes pour la majorité d'entre elles. Elle est transférée au camp de Ravensbrück de janvier 1944 à avril 1945 et sera l'une des 49 rescapées de ce convoi.
De cette expérience naît un engagement littéraire et moral : elle se jure d'écrire pour celles qui ne reviendront pas, pour restituer la mémoire et la voix des disparues, ses « spectres ». Entre 1946 et 1982, elle publie six œuvres polymorphes. Revenue des camps, elle s'engage comme intellectuelle et dénonce la guerre d'Algérie. Elle sera la première à s'opposer publiquement contre les thèses négationnistes de Robert Faurisson.
Ses parents sont des immigrés italiens : son père, Charles Delbo (mort en 1941), chef monteur-riveteur et originaire de la Sarthe est le fils d’un italien (d’origine vaudoise) qui a fui la crise économique de son pays. Sa mère, Erminie Delbo née Morero (morte en 1971), est née à Torre Pellice, dans le Piémont et a quitté son pays a dix-huit ans. Elle n’a pas de profession.
Charlotte Delbo est l’aînée d’une fratrie de quatre enfants – dont l’un, Daniel, engagé en 1944 « pour aller chercher sa sœur [à Auschwitz] » est tué au printemps 1945. Elle naît le 10 août 1913 à Vigneux-sur-Seine, dans l’Essonne.
Elle n’a aucun diplôme : dans ses archives personnelles disponibles à la BnF, trois de ses CV sont conservés et il y a des changements. Dans l’un, elle aurait obtenu un baccalauréat es lettres à Nice. Dans un autre, elle aurait obtenu trois certificats à La Sorbonne : en Histoire moderne, en Histoire de la philosophie et en Histoire de la sociologie. Dans le dernier — celui de 1960 pour rentrer au CNRS — elle dit n’avoir aucun diplôme. Les deux premiers diplômes sont introuvables, c’est donc le troisième qui est admis.
Elle suit tout de même une formation de sténodactylographie bilingue anglais. Elle travaille dès dix-sept ans dans la société Duco puis de 1933 à 1936 dans une société coloniale française, L’Africaine Occidentale, d’importation de bois de Côte d'Ivoire, du Sénégal, de la Mauritanie, du Soudan, de la Guinée et du Togo.
Elle adhère en 1932 aux Jeunesses communistes puis en 1936 à l'Union des jeunes filles de France fondée par Danielle Casanova. Elle « fait de la philosophie » de 1930 à 1934 : elle assiste aux cours du soir d’Henri Lefebvre dans des locaux de La Sorbonne, cours sur la demande d’une association d’étudiants de gauche. Elle y rencontre Georges Dudach le 23 avril 1934, jeune militant communiste qu’elle épouse le 17 mars 1936 à la mairie du 3e arrondissement de Paris
Elle rédige à partir d’octobre 1936 des articles dans la revue Les Cahiers de la jeunesse, dont Georges Dudach est le rédacteur en chef et dirigée par Paul Nizan et Luc Durtain. Elle y écrit des articles littéraires — sur les romans d’André Malraux, Jean Giono, Alberto Moravia, Ernest Hemingway, William Faulkner, Henry de Montherlant, Charlotte Brontë et Pearl Buck — et culturels — dont un titré « Mission de la pensée française ». Pour le numéro 3 des Cahiers, elle interview Louis Jouvet, comédien, metteur en scène, directeur de l’Athénée et professeur au Conservatoire. Frappé par la qualité de sa transcription, il l’engage comme assistante personnelle à partir de novembre 1937. Jusqu’en 1940, elle prend en notes les cours de Jouvet au Conservatoire, notes qui deviendront deux volumes publiés par Gallimard.
Elle continue son activité à l’Athénée lors de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne puis lors de la « drôle de guerre ». Louis Jouvet décidé alors de monter L'École des femmes et de lancer une tournée pour fuir Paris : les autorités allemandes lui ont interdit de monter des pièces de Jean Giraudoux ou Jules Romains, censure oblige, et lui ont demandé de nommer les éventuelles personnes juives travaillant pour lui. Delbo est chargée des ausweiss (laissez-passer), délivrés au siège du Militärbefehlshaber in Frankreich (Haut commandement militaire allemand en France) au Majestic. Après avoir été acclamée à Paris, la pièce s’exile en Suisse, au Portugal puis au Brésil et en Argentine, à partir de mai 1941. En septembre, en apprenant que des résistants communistes sont fusillés et que son mari est en grand danger, elle décide de rentrer, malgré les mises en garde de Jouvet. Elle arrive au Portugal le 29 octobre à bord du Bagé, paquebot qui sera coulé à son retour vers le Brésil d’où elle partait.
Charlotte Delbo vit dans la clandestinité avec son mari. Elle est chargée de l'écoute de Radio Londres et de Radio Moscou qu'elle prend en sténo.
Alors qu'ils travaillent à la parution du premier numéro de Les Lettres françaises, dont Jacques Decour est le rédacteur en chef, Charlotte Delbo et Georges Dudach sont arrêtés le , à leur domicile, au 93, rue de la Faisanderie, dans le 16e arrondissement de Paris, par cinq policiers des Brigades spéciales, dans le cadre d’une importante enquête et de filatures très organisées qui visent le mouvement intellectuel clandestin du Parti communiste français. Pierre Villon, qui se trouvait avec eux, réussit à s'échapper par la fenêtre de la salle de bain avant que les hommes des Brigades spéciales ne s'aperçoivent de son exfiltration.
Charlotte Delbo et Georges Dudach sont arrêtés en même temps qu’une centaine de résistants dont Maï et Georges Politzer, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Jacques Decour,Jacques Solomon et Hélène Solomon-Langevin.
Les hommes du groupe subissent des tortures. Les femmes sont « relativement épargnées » jusqu'au où elles sont remises à la Gestapo et fichées Nuit et brouillard.
Georges Dudach est fusillé au Fort du Mont-Valérien le , à l'âge de 28 ans.
Incarcérée à la prison de la Santé, à Paris, jusqu'au , puis au fort de Romainville où se retrouvent la plupart des 230 femmes qui viennent de toute la France et sont issues de différentes classes sociales. Il s'agit, pour des raisons encore inexpliquées, du seul convoi de déportées politiques françaises envoyé à Auschwitz.
Ces femmes ont marqué l'histoire de Birkenau : elles entrent en chantant La Marseillaise. La force de leur solidarité depuis le Fort de Romainville permet à 49 femmes d'entre elles de rentrer.
Charlotte Delbo est affectée aux commandos les plus durs (assèchement des marais et démolitions). À partir de juillet 1943, grâce à l’organisation solidaire et politique des déportées entre elles, Charlotte Delbo et quelques-unes de ses compagnes sont envoyées au petit camp agricole de Raïsko. Des conditions moins dures leur permettent de reprendre vie et de monter une pièce de théâtre : le Malade imaginaire de Molière.
Le , elle est transférée à Ravensbrück parmi un petit groupe de huit. C’est là qu’elle échange sa ration de pain contre un exemplaire du Misanthrope de Molière. Le soir, elle l’apprend par cœur, et se le récite pour tenir pendant les appels interminables. Le , Charlotte Delbo fait partie des Françaises emmenées en Suède par la Croix Rouge suédoise.
Au début de 1946, elle vient en convalescence au Mont-sur-Lausanne (Suisse), à la pension Hortensia, une des 9 maisons d'accueil mises sur pieds par l'ADIR et son Comité d'aide en Suisse. Pendant ce séjour elle commence son travail d'écriture, publiant en particulier 2 nouvelles dans le mensuel féminin suisse Annabelle. Elle se lie aussi d'amitié avec Ida Grinspan. Après ce séjour, elle retravaille auprès de Louis Jouvet jusqu’en 1947. Puis, elle trouve un emploi à l’ONU (Genève) comme traductrice interprète. Elle y travaille jusqu’en 1960 à différents emplois, dont un d’une année (1949) à Athènes.
En 1959, elle participe à un voyage d’observateurs organisé par l’ONU qui lui permet de traverser une partie de l’URSS. Elle en ressent un immense désappointement de ce qu’elle avait imaginé du socialisme réel. Elle découvre la réalité sociale et culturelle de la Russie soviétique, considère qu’elle a été le jouet d’une mystification et que tout était donc faux.
Elle rentre à Paris en septembre 1960, opposée à la guerre d’Algérie. Elle trouve un emploi, au CNRS, auprès d’Henri Lefebvre. Elle transcrit ses cours à l’Université, tape ses manuscrits, suggère des corrections, débat avec lui, écrit des articles pour la Revue française de sociologie.
En 1961, elle achète dans le Loiret une maison de campagne pour y séjourner avec ses amis, l'ancienne gare de Breteau, la « plus petite gare du monde », écho d’Auschwitz, « la plus grande gare du monde ».
En 1974, elle sera la première à réagir aux propos négationnistes de Robert Faurisson.
Elle voyage en Grèce et en Italie, ses pays de prédilection, aux États-Unis, en Espagne, au Portugal, en Écosse.
On lui découvre un cancer du poumon au début des années 1980, elle décède à l’Hôtel Dieu à Paris, le .
« Puisque j’ai eu le privilège d’être témoin de ce paroxysme de l’histoire, d’y participer, la chance d’en revenir et la capacité d’écrire, eh bien il n’y avait plus qu’à écrire ».
Pour Michael Rothberg, l’œuvre de Charlotte Delbo « compte parmi les réponses les plus implacables aux camps nazis publiées dans quelque langue que ce soit. »
« Charlotte Delbo a écrit avec une lucidité éprouvante les scènes vécues. Elle en a fait des tableaux aux arêtes coupantes. C’est un au-delà du monde, qui est dépeint, où ne s’entendent plus les cris d’épouvante de celles qui sont au bord des mourantes. L’épreuve de la lecture est métamorphosée par son écriture, le rythme, les mots choisis, ce qu’ils contiennent d'émotion, d’amour, de saisissante conscience. Les quelques images qui se détachent dans le récit agissent comme un baume sur le lecteur, au milieu du terrible qui est lu ».
À son retour de déportation, dès qu’elle « a pu tenir debout et tenir une plume », comme elle le disait, elle écrit Aucun de nous ne reviendra, titre emprunté à un vers d’Apollinaire. Encore imprégnée du traumatisme, elle y décrit avec acuité une suite de scènes de Birkenau dont la chronologie est éclatée. Son livre ne commence pas par leur arrivée, mais par l’arrivée d’un convoi de juifs de l’est de l’Europe dont elle s’attache à montrer l’humanité des personnes descendant du train. Le titre qui inclut les rescapés « exprime l'idée selon laquelle les rescapés ne sont pas vraiment revenus ». Elle raconte celles qui étaient « nos camarades d’hier », ce qu’elles subissaient dans les commandos, derrière la vision des cadavres gelés entassés dans la cour du bloc. Des poèmes alternent avec les récits et scandent le rythme de la lecture. Elle rend les sensations éprouvées avec une langue précise, économe en mots, et des images saisissantes de force poétique. L’influence des mises en scène de Jouvet qui travaillait l’illusion poétique pour rendre l’action, se retrouve dans le caractère pictural des tableaux qu’elle décrit.
Elle garde au secret son livre pendant 20 ans : « Ce livre répondait à tant et tant d’importance, ce serait peut-être la seule œuvre de ma vie, mais il fallait que ce fût une œuvre, mais pour m’assurer que c’en était une il faudrait que je le revoie après l’avoir mis de côté 20 ans. »
Il est publié, en mars 1965, dans la collection de Colette Audry, chez Gonthier.
À la suite d’une représentation du Dom Juan de Molière mise en scène par Jouvet, elle commence le récit de sa déportation sous la forme d’une lettre à Jouvet qui met en scène les personnages fictifs qui l’ont accompagné. Ce texte deviendra la première partie de Spectres, mes compagnons.
Au retour de son séjour en Union soviétique, elle écrit ce qu’elle a vu, ses conversations avec des Soviétiques, ses promenades, le soir dans les villes, en fait un récit vivant qui montre sa sévère désillusion. Un métro nommé Lénine reste pour le moment inédit.
À son retour en France, « elle est à la recherche de la vérité sur la guerre d'Algérie. (...) Elle vise à établir la vérité objective sur le plan politique, fondée sur des faits ». Pour rendre compte de toutes les voix qui s’expriment sur la guerre d’Algérie, elle choisit de composer un livre avec des extraits de lettres ouvertes publiées dans la presse, qu’elle commente parfois avec ironie pour exprimer son opposition à la poursuite de la guerre d’Algérie. Elle le termine par deux lettres émouvantes d’Algériens.
Les Belles Lettres (Les Éditions de Minuit) est son premier livre publié, en 1961.
En 1964-1965, elle veut reconstituer la vie souvent anonyme des 230 femmes qui composaient son convoi. En faisant ce livre, dit Charlotte Delbo, je voulais seulement répondre à la question : qui étaient ces femmes qui se trouvaient avec moi ? Qu'avaient-elles fait ? Dans la plupart des cas en effet, nous ne le savions pas, et elles sont mortes avant de nous l'avoir dit.
Elle écrit en introduction un récit à la fois objectif et sensible pour raconter les quatre années d’emprisonnement et de déportation. En suivant l’ordre alphabétique, elle rédige 230 biographies. Chaque notice est écrite dans une approche à la fois sociologique, historique et littéraire. Elle y précise leur milieu d’origine, les activités qui ont abouti à leur arrestation, leurs semaines ou leurs mois à Birkenau, et les conditions du retour des 49 survivantes. L’ouvrage est autant un livre d’histoire et de sociologie, que de littérature par son écriture. Le convoi du 24 janvier est publié en novembre 1965 aux Éditions de Minuit.
Une connaissance inutile est un ouvrage composé à partir de poèmes écrits en 1946 sur son amour pour Georges Dudach et sur Auschwitz. Elle y ajoute des scènes à la Santé, à Birkenau, à Raisko, la pièce jouée de Molière, son transfert à Ravensbrück en train de voyageurs, sa dernière nuit au camp. « Charlotte Delbo emmêle son terrible séjour chez les morts d'Auschwitz et la mort qui a enlevé son amour. La cause, la barbarie nazie, est la même. le souvenir de son amour est douloureux, le souvenir du séjour chez les morts et du martyre de toutes celles qui sont parties ou de celles qui ont été martyrisées est une douleur. Pourtant il faut écrire la douleur, la livrer au langage et tenir à distance ce qui pourrait faire sortir des mots et nous laisser dans l'indicible. Et introduire du mouvement, de la vie, de la lumière en écrivant ce qu'elle a vécu aux camps parce que l'étreinte de la mort s'est desserrée, et dire la distance indispensable entre le souvenir du "séjour d'entre les morts" et le retour à la vie qui peut suivre. »
« Je reviens d’au-delà de la connaissance », est un des derniers vers du recueil. Les connaissances qu’elle a rapportées « ne peuvent pas servir parce que c’est une connaissance hors de la vie. »
L‘année suivante, en 1971, paraît Mesure de nos jours. Dans ce troisième volume de la trilogie Auschwitz et après, Charlotte Delbo écrit à la première personne le retour de douze déportés, en restituant leur voix, récits entrelacés de quelques poèmes. Dans Mesure de nos jours, Charlotte Delbo a « l'art de faire résonner la langue parlée à l'intérieur d'un récit (...). Et il y a des moments très brefs où intervient celle qui écoute, qui "a de la peine à croire", une petite remarque où un espace se crée, la personne qui écoute y est présente. Nous lisons le récit comme intégré à celui-ci. »
Elle écrit une première pièce de théâtre pour transférer le contenu de son livre Aucun de nous ne reviendra. Pour que « les mots soient proférés sur une scène ». Qui rapportera ces paroles est jouée en 1974 sur la scène du Théâtre de la Roquette, actuellement Théâtre de la Bastille, dans les costumes et le décor d’André Acquart et avec la musique d’Alain Kremski.
Charlotte Delbo dit à propos de sa pièce : « J'ai une grande foi dans la parole et dans la communication, je ne crois pas à l'incommunicable, je crois que les mots ont une force qui leur permet de toucher les gens au cœur et je crois que les gens qui vont voir la pièce Qui rapportera ces paroles sont touchés au cœur. »
Elle poursuivra l’écriture de pièces de théâtre en se saisissant des sujets politiques : le Chili, le procès des séparatistes basques à Burgos, une tentative de coup d’état au Maroc, la révolution des Œillets au Portugal.
Elle écrit des chroniques publiées dans Le Monde. Elle est la première à dénoncer le négationnisme de Faurisson. Il lui avait écrit pour lui demander si elle avait des photos des chambres à gaz susceptibles de « présenter quelque garantie d'authenticité ». « J'ai vu déferler sur Auschwitz, où je suis arrivée le 27 janvier 1943, des juifs de toute l'Europe, des populations entières que les SS poussaient vers ce hangar et qui y disparaissaient pour toujours. Excusez-moi Monsieur, à Birkenau j'étais privée de tout, même d'un appareil photo ». Elle n'aura pas que cette ironie dans son argumentation.
En 1969, elle poursuit, toujours comme une lettre à Jouvet, le récit de sa déportation à la manière d'un voyage en compagnie de personnages fictifs qui la rejoignent dans sa cellule de prison et dans le train vers Auschwitz : c'est Fabrice sorti de La Chartreuse de Parme, Alceste du Misanthrope. D’autres lui apparaîtront au camp, au-dessus de la ligne d'horizon des marais ou pendant les appels, Ondine, Antigone, la Duchesse de Guermantes, Don Juan. Ce récit sera publié en deux parties d’abord aux États-Unis dans la Massachusetts Review, puis en 1977 sous le titre de Spectres, mes compagnons.
Ce livre est consacré à l'imaginaire, à son importance dans la chaîne qui lie les hommes à leur histoire. Avec Louis Jouvet, Charlotte Delbo a « "appris à penser "le monde imaginaire" des livres, non comme séparé du monde où elle vit, mais comme une façon de l'appréhender. »
Elle réunit des textes qu’elle écrit sur les drames politiques de plusieurs pays (Espagne, Grèce, Pologne, Argentine, URSS)1, sur les trajets de celles qui cherchent dans leur exil à se relever de la déportation, et sur la mémoire inaltérable d’Auschwitz qu’elle porte « à côté d’elle ». Ce manuscrit, La mémoire et les jours, qu’elle aurait voulu faire paraître comme le quatrième volume d’Auschwitz et Après, sera édité après sa mort (1985) par son ami Georges Nataf, éditeur de Berg International.
En 2024, les Éditions de Minuit publient à titre posthume une anthologie de l'ensemble de ses poèmes. Lors de la cérémonie d'hommage pour les dix ans des attentats du 13 novembre 2015 en France, le poème qui donne le titre au recueil, Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants, est lu par l'actrice Lyna Khoudri. Lyna Khoudri avait interprété le rôle de « Sonia », témoin décisif dans l’enquête sur les attentats, dans le film Novembre (2022) de Cédric Jimenez.
Dans ce poème, Charlotte Delbo apostrophe ses lecteurs en les suppliant de continuer à vivre : « Je vous en supplie / faites quelque chose / apprenez un pas / une danse / quelque chose qui vous justifie / qui vous donne le droit / d’être habillés de votre peau de votre poil / apprenez à marcher et à rire / parce que ce serait trop bête / à la fin / que tant soient morts / et que vous viviez / sans rien faire de votre vie. ».
L’œuvre littéraire de Charlotte Delbo, publiée en grande partie dans les années 1960/1970 a d'abord été reconnue, traduite, commentée, au travers de colloques, de conférences, de thèses, d'essais et de représentations théâtrales aux États-Unis et en Angleterre dans les années 1970/1980. En France, bien que connue d'un cercle restreint de lecteurs, c'est dans les années 1990 que son œuvre a pu rencontrer un plus large public grâce notamment aux lectures publiques et nationales conçues et réalisées par la compagnie de théâtre Bagages de Sable.
En 2013, sous l'impulsion de l'association Les Amis de Charlotte Delbo, présidée par Claude Alice Peyrottes de 2011 à 2013, le centenaire de la naissance de Charlotte Delbo sera mis au nombre des Commémorations Nationales par le Haut comité des Commémorations Nationales- Archives de France (Ministère de la Culture et de la Communication) sous le haut patronage de la Ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti.
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