Théophile de Viau, né en et mort le , est un poète et dramaturge français. Lui-même écrivit être né à Clairac, notamment lors de son procès en 1625.
Poète le plus lu au XVIIe siècle, il est oublié à la suite des critiques des Classiques, avant d'être redécouvert par Théophile Gautier.
Depuis le XXe siècle, Théophile de Viau est défini comme un auteur baroque et libertin. Les témoignages de ses contemporains convergent également pour indiquer que Théophile de Viau est bisexuel.
Bien qu’un moment protégé du roi Louis XIII, il est contraint de vivre en exil et est emprisonné : on lui reproche, sur la base de poèmes obscènes écrits pour le Parnasse satyrique et de son amour pour Jacques Vallée, sieur des Barreaux, d'avoir des relations homosexuelles et un esprit irréligieux. Il est condamné à mort pour libertinage mais réussit à fuir, avant de se faire rattraper et emprisonner. Il meurt des suites des conditions de son emprisonnement à la Conciergerie.
Théophile de Viau, dont la famille protestante réside au domaine de Viau, à Boussères de Mazères, aujourd'hui sur la commune de Port-Sainte-Marie, est probablement né à Clairac en agenais. Il est le fils de Janus de Viau, avocat en la cour de parlement, et de Marie Broc. Il est le deuxième de cinq enfants. Il étudie au collège protestant de Nérac, où il suit l'enseignement de Jean Mathisson, puis à l’académie protestante de Saumur et à l'université de Leyde, où il fréquente notamment le futur épistolier et essayiste Guez de Balzac. Il se joint ensuite, dans les années 1611–1613, à une troupe de théâtre ambulant, puis s'installe à Paris en 1615, où il mène joyeuse vie tout en devenant un brillant poète de cour. Alors qu'il est au service du comte de Candale, il prend part de 1615–1616 au conflit qui oppose le parti auquel appartient son protecteur à Louis XIII et, surtout, à son favori, le comte de Luynes. Pardonné après la guerre, il reprend sa vie de brillant poète de cour. Il entre en contact avec les idées épicuriennes du philosophe italien Giulio Cesare Vanini qui remet en cause l'immortalité de l'âme, mais sa conversion au catholicisme ne l'empêche nullement, selon ses accusateurs et l'essentiel de la critique littéraire, de rester libertin d'esprit et de cœur.[réf. nécessaire]
Il est banni de France en 1619, accusé d'irréligion et d'avoir des « mœurs indignes. » Ce bannissement est peut-être également politique, lié au conflit qui oppose son protecteur, le comte de Candale, au comte de Luynes, et aux pamphlets contre ce dernier, auxquels il est soupçonné d'avoir pris part.
En 1620, après avoir voyagé en Angleterre, il revient à la cour.
En , lors de la campagne de Rohan destinée à reprendre en main les places fortes protestantes, Théophile est mandaté par le roi pour sonder discrètement ses concitoyens de Clairac sur leurs dispositions. La Bibliothèque nationale de France conserve une quittance qui garde trace de cette mission : " Je Théophile de Viau professeur en langues confesse avoir eu et receu comptant de Mr Raymond Phélypeaux, Sieur de Herbault, conseiller du Roy en son conseil d'Estat et trésorier de son Espargne la somme de six cens livres à moy ordonnée par Sa Majesté pour le voiage qu'elle m'a commandé faire en dilligence et sur chevaux de poste de Nyort à Clérac pour affaires importans son service et pour mon retour vers Elle à pareille dilligence. De laquelle somme de vi C livres je me tiens pour content et bien payé, en ay quicté et quicte led. Sieur de Herbault trésorier de l'Espargne susd. et tous autres. Tesmoing mon seing manuel cy mis. Le xxviii jour de may mil six cens vingt-ung. THEOPHILE" (transcription de Daniel Christiaens). Parmi les futurs assiégés figure son frère, le capitaine Paul de Viau.
C'est à la suite du siège de Clairac (juillet-) qu'il écrit son fameux sonnet à Philis qui évoque cet épisode militaire :
Sacrés murs du Soleil où j'adorai Philis,
Doux séjour où mon âme était jadis charmée,
Qui n'est plus aujourd'hui sous nos toits démolis,
Que le sanglant butin d'une orgueilleuse armée,
Ornements de l'autel qui n'êtes que fumée,Grand temple ruiné, mystères abolis,
Effroyables objets d'une ville allumée,
Palais, homme, chevaux, ensemble ensevelis,
Fossés larges et creux tous comblés de murailles,Spectacles de frayeur, de cris, de funérailles,
Fleuve par où le sang ne cesse de courir,
Charniers où les corbeaux et loups vont tous repaître,Clairac pour une fois que vous m'avez fait naître,
Hélas ! combien de fois me faites-vous mourir !
Quelques mois plus tard, à la publication sous son nom de poèmes licencieux dans le recueil le Parnasse satyrique en 1622, il est, sur dénonciation des jésuites, condamné à apparaître nu-pieds devant Notre-Dame de Paris pour y être brûlé vif en 1623. La sentence est exécutée en effigie tandis que Théophile se cache. Arrêté alors qu'il tente de passer en Angleterre, il est emprisonné à la Conciergerie pendant près de deux années tandis que le père Garasse se livre à une véritable analyse de texte de ses poèmes pour obtenir sa condamnation à mort en prouvant qu’il y a glissé des allusions à la sodomie. Pas moins de cinquante-cinq brochures sont éditées pour et contre Théophile à l'occasion de cette affaire qui mobilise les intellectuels et les écrivains de l’époque. Pendant ce temps, Théophile rédige Plainte de Théophile à son ami Tircis, reprochant à un ami (peut-être Jacques Vallée des Barreaux, qui ne semble pas, d'ailleurs, l'avoir abandonné), son peu d’empressement à le tirer d’affaire. Sa sentence ayant été commuée en arrêt d'exil perpétuel, Théophile, miné par son séjour en prison, passe les derniers mois de sa vie à Chantilly sous la protection du duc de Montmorency. Il meurt à Paris, à l'Hôtel de Montmorency, le , à l'âge de 36 ans.
On lui doit des pièces de théâtre, dont la tragédie Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé qui, donnée en 1621, remporte un vif succès. Elle est restée involontairement célèbre pour le double sens permis par le vers « Il en rougit, le traître ! », phrase prononcée en fait par l'infortunée Thisbé, contemplant le poignard avec lequel son amant Pyrame vient de se suicider :
Edmond Rostand a repris ce vers dans Cyrano de Bergerac :
Fidèle à l'esthétique baroque, il se montre, dans sa poésie (poèmes lyriques, sonnets, odes et élégies satiriques), résolument hostile aux nouvelles contraintes classiques imposées par Malherbe. Ce refus de se plier à l’ordre nouveau lui vaut d’être éreinté par Boileau :
Sa pièce Un corbeau devant moi croasse, qui dépeint une scène fantastique de tonnerre, de serpents et de feu, montre qu’il est demeuré attaché aux images sensibles de l'époque baroque. Deux de ses poésies sont des plaidoyers mélancoliques adressés au roi sur son incarcération ou son exil. Cette expression de tristesse se retrouve dans son Ode sur la solitude qui allie des motifs classiques à une élégie au sujet du poète au milieu d'une forêt. Oublié à l’époque classique, Théophile de Viau est redécouvert par les romantiques, au XIXe siècle, notamment par Théophile Gautier :
« C'est pour moi une affaire de cœur et presque de famille, et je ne vous laisserai aucun repos que vous n'ayez ployé le genou devant mon idole. - Je suis très-tolérant pour toute religion quelconque mais je suis très-fanatique et très intolérant à l'endroit du Théophile, et si vous n'y croyez pas comme moi je ne vois point de salut pour vous. »
Théophile présente un « manifeste esthétique » à la fin de l'Élégie à une dame. Il se montre à la fois ambitieux et désinvolte, libertin et moderne.
Dans Première journée, récit mêlé de nombreuses digressions à la manière de Montaigne, il proclame également l’exigence d'écrire à la moderne.
« Il faut que le discours soit ferme, que le sens y soit naturel et facile, le langage exprès et signifiant ; les afféteries ne sont que mollesse et qu’artifice, qui ne se trouve jamais sans effort et sans confusion. Ces larcins qu’on appelle imitation des Auteurs anciens se doivent dire des ornements qui ne sont point à notre mode. Il faut écrire à la moderne ; Démosthène et Virgile n’ont point écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle ; leurs livres quand ils les firent étaient nouveaux, et nous en faisons tous les jours de vieux. »
L'édition collective des œuvres de Théophile de 1626 semblant perdue (et n'étant plus connue que par des contrefaçons), l'édition originale généralement retenue est celle parue en 1627 et 1628 chez Pierre Marniolles. Elle fut souvent reprise, notamment chez Antoine de Sommaville. La première édition critique moderne est celle de 1856 chez Alleaume.
Ce contenu est mis à disposition selon les termes de Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0
Contributeurs : voir la liste
Copier le code suivant sur le site où vous voulez afficher le kiosque
<iframe height="200" style="border: 0px; overflow:hidden" width="100%" scrolling="no" title="Nouveautés" src="https://mabib.fr/roullens/java/kiosque?titre=Nouveaut%C3%A9s&style_liste=diaporama&nb_notices=20&only_img=1&aleatoire=0&tri=1&nb_analyse=50&op_hauteur_img=150&op_transition=fade&op_largeur_img=95&op_hauteur_boite=200&op_captions=0&op_autoplay=0&op_visible=0&op_speed=0&op_auto=0&op_scroll=1&rss_avis=1&id_catalogue=0&id_panier=0&profil_redirect=&boite=boite_de_la_division_gauche&id_module=7&id_user=0&type_module=KIOSQUE&profile_id=1&division=1&id_profil=1&vue=diaporama"> </iframe>