Biographie

Henri Girard, dit Georges Arnaud, né le 16 juillet 1917 à Montpellier et mort le 4 mars 1987 à Barcelone, est un écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle. Romancier, dramaturge, journaliste, la parution de son premier roman Le Salaire de la peur  en 1949 aux Éditions Julliard le rend célèbre.  

Jeunesse et formation

Henri, Georges, Charles, Achille Girard naît à Montpellier pendant la première guerre mondiale. Son père, Georges Girard (1891 – 1941), est archiviste-paléographe. Sa mère, Valentine Arnaud (1883 – 1926), est professeur de lettres dans un lycée à Montpellier. Ils se marient civilement le 3 juin 1916, au cours d’une permission, en la mairie de Montpellier.

Henri Girard, fils unique, naît le 16 juillet 1917. Entièrement dévouée à son enfant, sa mère, bien que souffrant d’une dépression post-partum, élève seule son fils. Son père est au front.

À la fin de la guerre, Georges Girard trouve un emploi de bibliothécaire au Ministère des affaires étrangères. Le couple s’installe à Paris, rue Madame. Valentine ne travaillera plus et assurera elle-même l’instruction de son fils. En septembre 1922, elle fait une première crise de tuberculose et est envoyée en sanatorium à Leysin, où elle séjournera un an. Henri est remis aux soins de ses grands-parents paternels. Sa tante Amélie Girard (1897 – 1941) s’occupera de lui jusqu’au retour de Valentine.

Un an après, Valentine, en rémission, rentre à Paris. Le couple s’installe dans une villa à Meudon. Henri n’est pas envoyé à l’école. Valentine se charge de son instruction. Elle tombe enceinte en 1926, fait une rechute, et meurt le 12 septembre 1926 dans un sanatorium à Chamonix.

Henri retrouve ses grands-parents paternels. En échec scolaire, il rate son premier bachot, qu’il finit par obtenir en redoublant sa classe de terminale. Il s’inscrit ensuite en faculté de lettres et en droit, obtient sa licence de droit en 1938.

Il se marie avec Annie Chaveneau en janvier 1938.

Après une période militaire de cinq mois à Nancy et à Toul, il est réformé pour insuffisance musculaire. Enfin mobilisé en , après une troisième tentative, il obtient sa mobilisation quelques jours avant la débâcle. Il sera définitivement réformé en août 1940.

Sur les instances de son père, il prépare le concours d'entrée au Conseil d'État, se présente à la session de décembre. Il échoue.

Le 24 octobre 1941, dans le chateau familial, à Escoire, en Dordogne, son père, sa tante, et leur servante, Louise Soudeix (1879 – 1941) sont retrouvés morts, massacrés à la serpe. Henri Girard est inculpé. Il sera défendu par un ténor du barreau de l’époque, Maître Maurice Garçon. Incarcéré dix-huit mois à la prison Beylleme, à Périgueux, il sera acquitté le 2 juin 1943, après un délibéré de dix minutes.

Marié une première fois en 1938 avec Annie Chaveneau, il se sépare au bout de trois ans. Le divorce est prononcé en 1944. Il épouse en secondes noces Suzanne Graux (1945), chanteuse, dont il aura un premier fils (1946) et un second (1947)

Il dilapide en un temps record la fortune familiale dont il a hérité. Ruiné, il quitte femme et enfants et s'embarque le 3 mai 1947, sur un paquebot qui le dépose au Vénézuela. Il passera dix-huit mois en Amérique du Sud, séjournera essentiellement en Colombie. Il y exercera divers métiers – chauffeur de taxi, camionneur, chercheur d’or.

Rentré en France en 1949 porteur d'un manuscrit qu'il publiera plus tard sous le titre Le Voyage du mauvais larron, roman le plus autobiographique de sa vie, il retrouve Lella Facchini, muse et ex compagne du photographe Édouard Boubat, avec laquelle il avait eu une liaison avant son départ (Élisabeth dans Le Voyage du mauvais larron). Ils se marient. Henri Girard est sans argent, il cherche du travail. N'en trouvant pas, il décide d'écrire un roman qui se vendrait bien. Refusé une première fois, Le Salaire de la peur parait en 1950 aux éditions Julliard.

Le livre est un best seller. Trois ans plus tard, une adaptation du Salaire de la peur est portée à l'écran par Henri Georges Clouzot, avec Yves Montand, Charles Vanel et Vera Clouzot. Le film connaît un succès retentissant et rafle la même année la Palme d'Or à Cannes et l'Ours d'Or à Berlin.

En 1977, les droits du film sont revendus pour une adaptation par le réalisateur William Friedkin. La sortie du film, Le Convoi de la peur (Sorcerer), est écrasée par celle, concomitante, de La Guerre des étoiles de George Lucas. Il ne rencontre aucun succès.

Une dernière adaptation de Julien Leclercq sortie en 2024 sur Netflix reçoit un très mauvais accueil critique.

Il rencontre celle qui deviendra sa dernière épouse en 1953, Rolande Lasserre. Celle-ci sera sa compagne de combat dans ses engagements politiques pour l'indépendance de l'Algérie.


En 1957, suite à la condamnation à mort au mois de juillet de la même année de Djamila Bouhired, il publie, avec l'avocat Jacques Vergès, un manifeste intitulé Pour Djamila Bouhired. Graciée par le général de Gaulle en 1959, Djamila est libérée de prison à la suite des accords d'Évian (19 mars 1962).

Il publie en 1954 une pièce de théâtre, Les Aveux les plus doux, qui connait un franc succès. Une adaptation au cinéma des Aveux les plus doux avec Philippe Noiret, Roger Hanin et Caroline Cellier est dirigée par Édouard Molinaro.

Trois ans plus tard, alors qu'il a participé à une réunion clandestine du Réseau Jeanson, Girard est arrêté pour refus de délation : il refuse en effet de dire où et en présence de qui s'est tenue cette conférence de presse en faveur de l'indépendance de l'Algérie. Il reçoit le soutien de Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre, Jacques Prévert, Louis Aragon, François Maspero, André Frossard, Pierre Lazareff et d'autres personnalités. Henri Girard fera de ce procès une tribune opportunément médiatisée. Il publiera aux Éditions de minuit Mon procès, illustré par Siné, paru en 1961.

On s'élève à la fois contre la tentative de violation du secret professionnel, dont l'intéressé bénéficie en tant que journaliste, et, de plus en plus, contre la pratique de la torture en Algérie, qui constitue le véritable enjeu de l'affaire. Son procès devant le tribunal permanent des forces armées de Paris aboutit à une condamnation à deux années d'emprisonnement avec sursis. Le verdict sera annulé par la Cour de cassation.

En 1962, Girard s'installe avec Rolande dans l'Algérie devenue indépendante qu'il épouse en 1966. Il élaborera un projet d'école de journalisme et de Centre national du cinéma qui ne verront jamais le jour. Il écrit régulièrement dans Révolution africaine. Le couple a deux filles respectivement nées en 1962 et 1964.

En 1973, la tuberculose le contraint à séjourner en France, à Chamonix. Il quitte définitivement l'Algérie en 1974.

Dernières années

De 1975 à 1981, il participe pour la télévision française à des reportages sur de grandes affaires, en particulier sur la secte Moon et sur l'affaire Joachim Peiper (un ancien SS criminel de guerre réfugié en Haute-Saône, dont la maison fut incendiée en 1976, un cadavre non identifiable ayant été découvert dans les décombres).

En 1984, Girard s'établit avec sa femme à Barcelone, où il succombe à une crise cardiaque le .

  • Le Salaire de la peur, Paris, Julliard, 1950, 203 p.
  • Le Voyage du mauvais larron, Paris, Julliard, 1951, 226 p. [éd. revue et corrigée : Paris, Le Pré aux clercs, 1987, 221 p. (ISBN 2-7144-2058-3)]
  • Lumière de soufre, Paris, Julliard, 1952, 291 p.
  • Indiens des Hauts-Plateaux, revue Neuf, no 8, , Paris, Maison de la Médecine, 1953, 36 p.
  • Les Oreilles sur le dos, Paris, Éd. du Scorpion, 1953, 215 p. [éd. revue et corrigée : Paris, Julliard, 1974, 222 p.]
  • Prisons 53, Paris, Julliard, 1953, 279 p. [texte d'un reportage paru dans L'Aurore en mars-]
  • Schtilibem 41, Paris, Julliard, 1953, 75 p. [rééd. avec une préface de Pierre Mac Orlan : Bordeaux, Finitude, 2008, 74 p. (ISBN 978-2-912667-50-2)]
  • Les Aveux les plus doux, Paris, Julliard, 1954, 71 p.
  • Indiens pas morts, Paris, Robert Delpire, 1956, 172 p.
  • Pour Djamila Bouhired, avec Jacques Vergès, Paris, Éd. de Minuit, 1957, 108 p.
  • Maréchal P., Paris, Éditeurs Français Réunis, 1958, 95 p.
  • Préface à Agatha Christie, Le Meurtre de Roger Ackroyd, trad. par Miriam Dou-Desportes, Paris, Librairie des Champs-Élysées, 1960, 288 p. [la traduction a été publiée en 1927]
  • La Plus Grande Pente, Paris, Julliard, 1961, 231 p.
  • Mon procès, illustré par Siné, Paris, Éd. de Minuit, 1961, 200 p.
  • L’Affaire Peiper : plus qu’un fait divers, avec Roger Kahane, Paris, Marcel Jullian, 1978, 220 p. (ISBN 2-86310-001-7)
  • Chroniques du crime et de l’innocence, Paris, J.-C. Lattès, 1982, 234 p.
  • Juste avant l’aube, avec Jean Anglade, Paris, Presses de la Cité, 1990, 219 p. (ISBN 2-258-03284-9)

Dans son livre Du crime d’Escoire au « Salaire de la peur », Jacques Lagrange déclare avoir découvert une intrigue picaresque où apparaissent les ministères des Affaires étrangères (où travaillait effectivement Georges Girard, le père), celui de l’Intérieur, divers services secrets (étrangers ou non), et même un complot d'une faction royaliste.

Cette version est écartée par le commissaire Guy Penaud qui, ayant eu accès au dossier constitué par Me Maurice Garçon, a publié un ouvrage complet sur l'affaire : Le Triple Crime du château d'Escoire. Selon lui, si Henri Girard a bénéficié de la clémence des magistrats d'assises et des jurés, c'est par l'influence du président de la cour d'assises, M. Hurlaux. Limogé après le scandale de l'affaire Stavisky, le président Hurlaux a été révoqué par décret du président de la République en date du 5 mars 1934 pour corruption. Par ailleurs, dans un courrier en date du 4 avril 1943 adressé à Me Maurice Garçon, qu'il débute par la formule "Mon cher maître et ami" le président Hurlaux demande à maître Garçon d'intervenir pour lui auprès des chefs de la Cour de Paris au sujet de l'"exil" dont il a fait l'objet. Par lettre du 6 avril 1943, maître Maurice Garçon l'en assure diplomatiquement, lui faisant part au préalable de son tourment à l'idée de l'erreur épouvantable qui pourrait s'ensuivre.

Roger Martin, biographe de Girard, ne partage pas les conclusions de Penaud, qu'il considère comme des suppositions hasardeuses, et trouve curieux qu'un ancien policier a priori informé de la législation en vigueur puisse se permettre de déclarer sur France-Inter que l'accusé était bien coupable (sans faire preuve du respect de la chose jugée). Martin constate par ailleurs que personne n'est en mesure de proposer une explication définitive de la tuerie d'Escoire. Tout au plus chacun peut se livrer à des suppositions et élaborer des théories invérifiables.

Cette affaire d'Escoire, survenue dans le contexte troublé de l'Occupation, n'a jamais été évoquée autrement que dans le cadre de versions antinomiques et donne lieu par la suite à diverses hypothèses plus ou moins romanesques.

Des années plus tard, Gérard de Villiers, auteur de la série SAS, raconte que Girard lui a confié être l'auteur des crimes. Henri Girard s'est également confié à certains de ses amis tels que Yvan Audouard, Louis Calaferte, Georges Bratschi ainsi qu'à des amis moins connus. Toutes ces confessions ont été faites après 1973, année qui marque la prescription du triple meurtre.

Durant de sa détention, après les assassinats d'Escoire, Henri Girard aurait confié à un détenu qu'il avait tué son père parce qu'il avait maltraité sa mère et trompé celle-ci avec « la gouvernante ». Cette confidence se fit dans une prison de Charente (où l'on imagine que le futur Georges Arnaud se trouvait en détention provisoire) avant de passer en procès. Ces assertions venant d'un relégué, n'ont pas été retenues.

Commence alors pour lui une nouvelle vie sous le nom de Georges Arnaud, qui fait oublier ce fait divers. Un autre procès, politique celui-là, fait beaucoup plus de bruit quelques années plus tard.

Dans La Serpe, paru en et récompensé par le prix Femina, Philippe Jaenada avance l'hypothèse de la culpabilité de René Taulu, le fils du gardien du château d'Escoire, reprenant en cela l'hypothèse qui sous-tendait la plaidoirie de Maurice Garçon lors du procès.

Dans La Serpe rouge sorti en chez Moissons Noires, Nan Aurousseau et Jean-François Miniac apportent un éclairage nouveau sur le triple homicide, accusant Henri Girard d'avoir commis le crime.

En 2025, la culpabilité d'Henri Girard est corroborée par sa fille, Catherine Girard, qui affirme dans son livre sur ce drame familial, In violentia veritas, paru en aux Éditions Grasset, que son père lui a confié, en 1976, être bien l'auteur du triple meurtre d'Escoire.

Henri Girard, connu sous le pseudonyme de Georges Arnaud, est contemporain d'un autre écrivain français dont Georges Arnaud était le véritable nom. Ce dernier a dû signer ses œuvres de divers pseudonymes avant qu'un accord lui permette de reprendre son patronyme véritable en lui adjoignant un second prénom, Georges-Jean Arnaud ou Georges J. Arnaud, pour marquer la différence. « J’ai souffert énormément qu’il y ait un autre Georges Arnaud… De voir un bouquin aussi bon que Le Salaire de la peur avoir un succès formidable, parce que c’était un certain Georges Arnaud qui, lui-même, avait pris un pseudonyme, j’avais l’impression qu’on m’avait fauché mon nom. »

Curieusement, lorsque Henri Girard, dit « Georges Arnaud », meurt en 1987 et que TF1 annonce son décès, c'est la photographie de Georges J. Arnaud qui apparaît à l'écran. « Il m'a volé mon nom, je lui ai volé sa mort », déclara, peiné, l'auteur de la saga de La Compagnie des glaces.

Notes

Références

Bibliographie

  • L'Affaire Girard : compte rendu sténographique, Paris, Albin Michel, 1945, 332 p.
  • Jacques Lagrange, Du crime d’Escoire au « Salaire de la peur», 2e éd. revue, corrigée et augmentée, Périgueux, Pilote 24, 1999 (ISBN 2-9123-4704-1) [1re éd. : 1987]
  • Guy Penaud, Le Triple Crime du château d'Escoire, Périgueux, La Lauze, , 333 p. (ISBN 2-9120-3232-6)
  • Roger Martin, Georges Arnaud : Vie d'un rebelle, éd. revue et corrigée et accompagnée d'une préface de Jean-Claude Lecoq, Lyon, À plus d'un titre éd., 2009, 499 p. (ISBN 978-2-917486-13-9)] [1re éd. : 1993]
  • Philippe Jaenada, La Serpe : Roman, Paris, Julliard, , 643 p. (ISBN 978-2-2600-2939-7)Prix Femina 2017
  • Nan Aurousseau et Jean-François Miniac, La Serpe rouge, Moissons Noires, 2021, 304 p. (ISBN 9782490746637)
  • Catherine Girard, In violentia veritas, Grasset, 2025, 350 p.

Liens externes

  • Site officiel : Georges Arnaud, le multimedi-homme.

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    • Les Archives du spectacle
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    • Persée
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Source : Article Georges Arnaud de Wikipédia

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