Biographie

Thyde Monnier, nom de plume de Mathilde Monnier, née à Marseille le et morte à Nice le , est une écrivaine et féministe française. Corsetière de formation, Mathilde s'essaie à la rédaction de pièces de théâtre et de nouvelles courtes sans succès, puis de poèmes avec quelques reconnaissances officielles. Mais ce n'est qu'en 1937, à l'âge de cinquante ans, qu'elle s'impose en littérature, sous le nom de Thyde Monnier, avec son premier roman La Rue courte. Quarante romans populaires et un vigoureux essai féministe sont ensuite rédigés par cette femme de lettres provençale, tombée en partie dans l'oubli depuis les années 1990.

Enfance et formation

Mathilde Monnier naît à Marseille au 36, rue de Rome, où ses parents sont commerçants.

Durant sa scolarité, elle témoigne surtout de l'intérêt à écrire des poèmes et dessiner. Elle écrit très jeune, selon ses dires, aussi des nouvelles et des pièces de théâtre. Élève au Lycée Montgrand qu'elle quitte en 1897 pour travailler en tant qu'ouvrière dans le magasin Le Corset de Satin (situé dans la maison de Pierre Puget à la rue de Rome à Marseille). Dans ce magasin, qui appartient à sa mère, elle apprend le métier de corsetière.

Durant cette période, elle rédige sa première pièce de théâtre intitulée Marie Routier. Elle obtient sa première récompense littéraire en 1906 (un prix de poésie) pour un sonnet à Mistral. Elle collabore à diverses revues.

L'expérience du mariage

Elle ne quitte la boutique familiale qu'à son mariage, en 1910, avec Maurice Pourchier, ami de son frère. Le couple s'installe à Allauch, village provençal situé à douze kilomètres du centre-ville de Marseille. Maurice est mobilisé en 1914. Lorsque son mari est blessé en 1915, elle part le soigner. Il contracte une pneumonie des suites de ses blessures et elle s’occupe de lui avec dévotion, mais à l'image d'un enfant perdu par les atrocités de la Grande Guerre, Maurice ne lui montre qu'une maigre reconnaissance et ne l'assigne qu'aux tâches ménagères. Dès sa guérison, il s'adonne à sa passion pour les matchs de football, la politique marseillaise etc. et la délaisse. En 1915, le couple en manque d'argent s'installe à Canton Rouge.

Elle publie sans succès Cette vieille romance en 1924, Mon bel été en 1926.

En 1927, après une violente altercation, Mathilde quitte le domicile conjugal et divorce. Elle fait la connaissance d'un ami de sa sœur, jeune homme gentil de 25 ans (elle en a alors 40).

Les années 1930

Elle l'épouse en 1932 et le couple le plus souvent démuni de biens matériels s'installe à Saint-Raphaël puis à Bandol. Le couple, pourtant dépourvu d'argent, voyage ensuite dans la France entière durant une longue période avant de divorcer en 1940. De ses deux expériences conjugales, elle tire a posteriori une conclusion féministe, proclamant la nécessité d'une libération qui commence par la libération sexuelle. Deux de ses livres défendent cette position. Leurs titres sont significatifs : l'essai De l'homme à la femme et La Dernière Esclave roman paru en 1956.

Elle obtient le prix de la poésie libre pour une plaquette Or moi, bateau perdu en 1936. Elle fréquente désormais le cercle d'artistes formé autour des rencontres estivales du Contadour sur la montagne de Lure, animées par le peintre Lucien Jacques et l'écrivain Jean Giono, ardent protecteur de la poésie. Les discussions portent sur les champs thématiques que doivent aborder avec rigueur les artistes. Elle fait ses débuts de romancière la même année, sous le nom choisi de « Thyde Monnier », en écrivant La Rue courte, premier volume d'une trilogie intitulée Les Petites destinées. Ce roman qui, publié en 1937, reçoit le prix Cazes dépeint crûment la vie des modestes villageois et villageoises d'Allauch, non sans développer ses idées féministes à la suite de sa première expérience personnelle du mariage. Cette œuvre romanesque lui vaut une notoriété immédiate à cinquante ans en 1937 ainsi qu'une célébrité d'écrivain durable puisqu'une rue du village d'Allauch porte son nom. L'action de son roman se déroule notamment au vieux village d'Allauch, où elle a habité avec son premier mari à la Belle Époque. Elle estime qu'il existe dans le mariage une domination du mari qui met l'épouse dans une situation intenable.

En 1937-1938, elle entame le cycle de romans intitulé Les Desmichels, chronique de la vie populaire en Provence, très ancrée dans la culture provençale et dont la langue française est imprégnée d'occitan provençal. Ce cycle demeure son œuvre la plus connue car l'ensemble remanié fait l'objet d'une adaptation télévisée diffusée entre 1974 et 1976. A contrario, ses autres cycles romanesques Pierre Pacaud, L'huile Vierge ou Les Franches Montagnes ne connaissent guère le succès escompté.

Pendant la Seconde Guerre mondiale

En septembre 1939, elle demande officiellement par écrit la libération de Jean Giono, son maître en littérature et ami, qui, malgré son enrôlement différé et accepté dans la réserve, est emprisonné pour un premier refus d'obéissance et un pacifisme affiché avant guerre, au fort Saint-Laurent. Elle lui envoie également, selon ses dires, l'avocat de sa famille qui contribue à le faire libérer.

En novembre 1940, à Manosque où elle réside après la Débâcle, Mathilde séduit un jeune typographe manosquin, amoureux des lettres et protégé de Giono, Pierre Magnan : elle a cinquante-trois ans, son jeune amant en a dix-huit. Ils vivront assez souvent ensemble pendant les années de guerre puis se retrouveront momentanément jusqu'en 1950, soit dix années après leur première idylle. Entre 1943 et la Libération elle l'aide à se soustraire au service du travail obligatoire (STO), en l'emmenant à Saint-Pierre-d'Allevard dont elle connaissait l'instituteur. Le jeune Pierre Magnan y écrit son premier roman, L'Aube insolite, inspiré par les villageois et les maquisards. Elle l'utilise pour le cadre de son roman Le Vin et le Sang. Pierre Magnan évoque sa relation avec Thyde Monnier dans son livre de 1990 Pour saluer Giono et dans son récit autobiographique de 2004 Un monstre sacré.

En 1941, Nans le berger reçoit le prix de La Guilde du Livre.

Après-guerre

Thyde Monnier écrit également de nombreux essais, des mémoires ou récit autobiographique inséré dans un cycle intitulé Moi, en quatre tomes et enfin une pièce de théâtre reconnue. Depuis l'ultime fin des années 1930, Thyde Monnier s'affiche athée et ouvertement plébéienne, antimilitariste et pacifiste, éprise d'amour libre.

Thyde Monnier revendique une vie autonome et multiplie ses jeunes amants. Elle réside après 1945 sur les hauteurs de Nice, à Cimiez, dans la bastide « L'oiseau chanteur », non loin de la « maison rose », acquise en janvier 1955 par l'écrivain Henri Bosco et son épouse Madeleine, revenus du Maroc. A la fin des années 1940, la fringante sexagénaire y reçoit Montherlant, Cocteau et d'autres écrivains mondains et se détache de son jeune compagnon et protégé, Pierre, revenu vivre dans la vallée de la Durance, non sans avoir appuyé son entrée dans une première carrière littéraire, qui s'avèrera éphémère.

La prochaine clôture de son cycle autobiographique "Moi" l'invite à écrire dans la foulée un essai féministe, paru en 1954, intitulé De l’homme à la femme. Essai sur les contacts sociaux, sexuels, affectifs de l’homme et de la femme et un roman La dernière esclave en 1956. Son essai féministe paraît avant les importants travaux de Simone de Beauvoir.

Sa chère bastide « L'oiseau chanteur » devient son ultime résidence principale. Elle y écrit un de ses derniers livres et unique roman historique La Ferme des quatre reines paru en 1963. Si le roman Madame Roman est rédigé et signé à Gattières le 9 juillet 1954, la relecture des tirages est bien effectuée le 2 mars 1957 à Cimiez.

Plusieurs distinctions lui sont décernées, notamment le prix Victor-Margueritte et le Prix de l'Académie française. Sollicitée pour succéder à Colette à l'Académie Goncourt, elle refuse, préférant rester à Nice, dans son quartier de Cimiez, où elle meurt le , à soixante-dix neuf ans. Elle est enterrée à Marseille, selon ses vœux.

Thyde Monnier a légué, à sa mort, ses droits d'auteur à la Société des Gens de Lettres, aujourd'hui titulaire du droit moral et du droit patrimonial sur l'ensemble de ses œuvres.

Romans

Cycle Les Desmichels

  • tome I : Grand-Cap, Grasset, 1937 ; réédition, J'ai lu no 206, 1964 ; réédition, Presses pocket no 1431, 1977
  • tome II : Le Pain des pauvres, Grasset, 1938, dédié à sa mère ; réédition, J'ai lu no 210-211, 1965 ; réédition, Presses pocket no 1432, 1977, réédition par le club France Loisirs, Bibliothèque des Succès, Paris, 1982, 317 pages. (ISBN 2-7242-1175-8)
  • tome III: Nans le berger, La Guilde du Livre, 1942 ; réédition, J'ai lu no 218-219, 1965 ; réédition, Presses pocket no 1433, 1977 - Prix Lucien Tisserant (1944) de l'Académie française.
  • tome IV : La Demoiselle, René Julliard, 1944 et 1946 ; réédition, J'ai lu no 222-223, 1965 ; réédition, Presses pocket no 1434, 1977, réédition par le club France Loisirs, Paris, 1982, 312 pages. (ISBN 2-7242-1205-3)
  • tome V : Travaux, Julliard, 1945 ; réédition, J'ai lu no 231-232, 1965 ; réédition, Presses pocket no 1435, 1977
  • tome VI : Le Figuier stérile, Julliard, 1947 et 1948, ouvrage dédié à son grand ami Victor Germains ; réédition, J'ai lu no 237-238, 1965 ; réédition, Presses pocket no 1436, 1977, réédition par le club France Loisirs, Paris, 1982, 297 pages. (ISBN 2-7242-1297-5)
  • tome VII : Les Forces vives, Julliard, 1948 ; réédition, Presses pocket no 1437, 1977

Cycle Petites destinées

  • tome I : La Rue courte, Grasset, 1937 ; réédition, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 2278, 1967 ; réédition, Grasset, coll. « Les Cahiers rouges » no 267, 1998
  • tome II : Annonciata, Grasset, 1939
  • tome III : Cœur, Plon, 1951 ; réédition, Dites, coll. « J'ai lu » no 46, 1959

Cycle Pierre Pacaud

  • tome I : Fleuve, Éditions du Milieu du Monde, 1942 ; réédition, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 143-144, 1955
  • tome II : Barrage d'Arvillard, Éditions du Milieu du Monde, 1946
  • tome III : Pourriture de l'homme, Éditions du Milieu du Monde, 1949
  • tome IV : Largo, Éditions du Milieu du Monde, 1954

Cycle Moi

  • tome I : Faux départ, Éditions du Rocher, 1949
  • tome II : La Saison des amours, Éditions du Rocher, 1950
  • tome III : Sur la corde raide, Éditions du Rocher, 1951
  • tome IV : Jetée aux bêtes, Éditions du Rocher, 1955

Cycle L'Huile vierge

  • tome I : L'Huile vierge, Arthème Fayard, 1952
  • tome II : Le Déjeuner sur l'herbe, Arthème Fayard, 1953
  • tome III : Retour aux îles, Arthème Fayard, 1954

Cycle Les Franches Montagnes

  • tome I : La Combe, Plon, 1949
  • tome II : Ingrattière, Plon, 1950
  • tome III : Le Grand Courbe, Plon, 1954
  • tome IV : Image du parfait bonheur, Plon, 1954
  • tome V : Éternellement, Plon, 1956

Autres romans

  • La Veuve aux yeux verts (roman policier), Éditions Gutenberg, 1945
  • Le Vin et le Sang, Julliard, coll. « Sequana », 1946
  • Permission d'être heureux, Gallimard, 1952
  • La Désirade, Arthème Fayard, 1956
  • La Dernière Esclave, Éditions de la Fontaine, 1956
  • Madame Roman, Librairie Arthème Fayard, 1957, roman dédié à ses amis Odette Camp et Henri Tomasi. Réédition "France Loisirs", Paris, 1998, 222 pages. (ISBN 2-7441-2276-9)
  • Je ne suis pas des vôtres, Arthème Fayard, 1958
  • Les Cinq Doigts de la main, Arthème Fayard, 1959
  • La Graine, Bernard Grasset, 1962
  • La Ferme des quatre reines (roman historique), Plon, 1963
  • J'ai joué le jeu, Julliard, 1963

Poésie

  • Cette vieille romance, Éditions des Tablettes, 1923
  • Or moi, bateau perdu..., Albert Messein, 1936
  • Amour de la vie, avec lithographies de Jean Cassarini, 1948

Recueil de nouvelles

  • Il n'y a plus d'harmonicas, Éditions des Quatre Vents, 1946

Ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse

  • Histoires de Mamé (contes pour enfants), illustré par Jo Roux, Éditions Gutenberg, 1946
  • Brin d'avoine (la a rue courte pour enfants), illustré par Otomasi, Éditions Gutenberg, 1946
  • Ki Ki T'San, fétiche, Éditions des Deux-Rives, 1947

Essai

  • De l'homme à la femme : essai sur les contacts sociaux, sexuels, affectifs de l'homme et de la femme, André Martel, 1954

Autres publications

  • Le Jour vert : chronique champêtre, Bernard Grasset, 1960
  • Entre parenthèses, extrait de journal, Bernard Grasset, 1961

Portent le nom de Thyde-Monnier une rue du 11e arrondissement de Marseille, une rue de Solliès-Toucas (Var), une rue de Baillargues (Hérault), un gymnase à Allauch.

Un ''Grand Prix Thyde-Monnier'' est décerné depuis 1975 par la Société des gens de lettres, lors de sa session d'automne.

  • Laurence Wagner, Henri Bosco, Jean Giono, Thyde Monnier, Marcel Pagnol : des écrivains en Provence !, conférence sur les différentes visions de la Provence par ces écrivains contemporains, proposée par la Société d'études des Hautes-Alpes à la Médiathèque de Chorges.
  • La notice de Patricia Dupuy sur l'autrice dans Marseillaises, 26 siècles d’histoire, Edisud, 1999. Thyde Monnier dans le blog Serge Fiorio

Liens connexes

  • Cimiez
  • Feuilleton TV Nans le berger
  • Jean Giono
  • Manosque
  • Pierre Magnan
  • Prix Cazes 1937
  • Rencontres du Contadour
  • Henri Tomasi et son épouse Odette Camp

Liens externes

  • Portail de la littérature française et francophone

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Source : Article Thyde Monnier de Wikipédia

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